Histoire de l’abbaye de Saint-Maur des Fossés

Saint-Maur-des-Fossés a été l’une des plus anciennes et des plus importantes abbayes d’Île-de-France. Pendant mille ans, des moines bénédictins ont prié pour le salut des vivants et accueilli des foules de pèlerins espérant trouver la guérison de maux de jambe et de la goutte auprès des reliques de saint Maur.

L’abbaye et le château en 1710, vue côté chevet de l’abbatiale. Coll. Vieux Saint-Maur.

L’abbaye mérovingienne

Charte de Childebert
Charte de Childebert
© Archives nationales, France

Elle est fondée en 639, à la mort du roi Dagobert, par Blidegisile. Celui-ci obtient de la reine Nantilde la terre de La Varenne, qui désigne le territoire situé dans la boucle de la Marne, et le site du Fossé, aujourd’hui le Vieux Saint-Maur. Son premier abbé est Babolein, bientôt appelé saint Babolein : sa Vie rapporte d’anciennes légendes, dont celle des Bagaudes qui auraient été massacrés sur la butte du Vieux Saint-Maur. La petite abbaye, dédiée aux Saints-Apôtres Pierre et Paul et à la Vierge Marie, bénéficie de l’exemption épiscopale et du régime de l’immunité. Le plus ancien acte conservé en original est une charte de la fin du 7e siècle, adressée par le roi Childebert III à l’abbé Waldomar.

L’abbaye carolingienne

L’empereur Charlemagne confirme la protection accordée à l’abbaye. Dès 816, elle adopte la réforme initiée par Benoît d’Aniane, et bénéficie d’un privilège d’exemption de péage dans tout l’Empire, grâce à Bégon, comte de Paris, ami de l’empereur Louis le Pieux. Le comte a restauré le monastère qu’il avait trouvé en ruine. Ses abbés sont appelés à réformer d’autres monastères. Une nouvelle église est consacrée vers 829. Très favorisée sous Charles le Chauve, l’abbaye devient l’un des premiers monastères du diocèse. Occupée et pillée par les Vikings dans l’hiver 861-862, elle reçoit en compensation, le 13 novembre 868, les reliques de saint Maur, disciple de saint Benoît, qui aurait introduit la règle bénédictine en Gaule. Après un long exode en Champagne et en Bugey pour échapper à nouveau aux Vikings, les moines sont de retour en 924. Ils propagent les récits de la Vie et des Miracles de saint Maur, qui le rendront populaire dans toute l’Europe.

Évangiles carolingiens de Saint-Maur
Évangiles carolingiens de Saint-Maur
© BnF lat 1195

L’abbaye romane

Statues-colonnes du cloitre roman
Statues-colonnes du cloitre roman
Musée de Saint-Maur
© Gillon

L’abbaye est réformée par les moines de Cluny en 989. Bouchard le Vénérable, comte de Vendôme, Melun et Corbeil, s’y retire et y meurt peu après l’an mille. On construit une nouvelle église. En 1058, les moines se révoltent contre le comte Guillaume, descendant du duc de Normandie, qui a mis la main sur l’abbaye. Celle-ci développe un scriptorium (c’est le lieu où l’on écrit et décore les livres manuscrits), dont subsistent de très beaux manuscrits à la Bibliothèque nationale de France. Ils sont réalisés en hiver. Des moines d’autres abbayes viennent y copier des manuscrits. Les moines perfectionnent aussi la musique. De nouveaux bâtiments sont construits, entourant un cloître orné de chapiteaux à décor et de statues-colonnes. De l’abbaye dépendent neuf prieurés en Île-de-France.

  • Manuscrit de Saint-Maur
    Manuscrit de Saint-Maur
    Musique
    © BnF lat 12197
  • St Maur-Vie de St Maur
    St Maur-Vie de St Maur
    © Médiathèque de Troyes Champagne Métropole, 2273
  • Manuscrits du scriptorium
    Manuscrits du scriptorium
    © BnF lat 12584
  • Manuscrits du scriptorium
    Manuscrits du scriptorium
    © BnF lat 12197
  • Manuscrits du scriptorium
    Manuscrits du scriptorium
    © BnF lat 12054

L’abbaye gothique

Sceau de l'abbé Pierre de Chevry
Sceau de l’abbé Pierre de Chevry
© Archives nationales, France

Sous le roi saint Louis, l’avènement de l’abbé Pierre de Chevry marque le début d’une période faste, documentée de façon exceptionnelle. Pierre de Chevry dote l’abbaye de nouveaux statuts et entreprend une ambitieuse reconstruction du chœur et du chevet de l’église abbatiale : terminée vers 1281, elle atteint 86 mètres de longueur et peut accueillir les nombreuses foules de pèlerins. Le sanctuaire est orné de carreaux émaillés, de vitraux multicolores et de fresques à la gloire du roi, formant comme un vaste reliquaire. Le pape Martin IV couvre Pierre de Chevry d’éloges et de privilèges.

Le pèlerinage

L’afflux croissant des pèlerins entraîne le changement du nom de l’abbaye : Saint-Pierre de Fossez fait place à Saint-Maur de Fossez à partir de 1280. Le pèlerinage, fréquenté à la Saint-Maur (15 janvier) et à la Saint-Jean (24 juin), est précédé d’une foire et d’une revue féodale. On y vient de Flandre, des Pays-Bas et d’Angleterre. De nombreuses enseignes de pèlerins, retrouvées surtout dans la moitié nord de la France, témoignent du succès du pèlerinage. Les moines en profitent autant que les habitants du bourg, qui proposent leurs auberges, des spectacles sur tréteaux, et des chandelles, enseignes, joyaux et objets de cire. Les miraculés laissent leur béquille dans le sanctuaire. À la guerre de Cent Ans, Charles V fait protéger le sanctuaire par une enceinte fortifiée dont subsiste la tour Rabelais. En janvier 1378, l’abbé reçoit l’empereur Charles IV, venu en pèlerinage depuis Prague. Après la guerre, l’abbaye, deux fois pillée, peine à se reconstruire. Elle tombe en commende, c’est-à-dire qu’un personnage bien en cour s’en fait attribuer les revenus et laisse peu de choses aux moines.

Pélerinage de l'empereur CharlesIV à l'abbaye de Saint-Maur en 1378
Pélerinage de l’empereur CharlesIV à l’abbaye de Saint-Maur en 1378
© BnF fr 2813

La collégiale royale

L'abbaye et le château vus par un cartographe du 17e siècle
L’abbaye et le château vus par un cartographe du 17e siècle
DR

En 1536, les derniers moines sont remplacés par neuf chanoines sous la houlette de l’évêque de Paris Jean du Bellay. Celui-ci, accompagné de François Rabelais, son médecin, entreprend la construction du château de Saint-Maur au-dessus de l’abbaye. La collégiale dure deux siècles, au cours desquels le pèlerinage à saint Maur et à Notre-Dame des Miracles demeure très populaire avant de péricliter puis d’être aboli en 1730.

Suppression de la collégiale

La collégiale est supprimée en 1750. La grande église abbatiale et les anciens bâtiments monastiques sont démolis peu à peu. À la Révolution, il n’en reste presque rien, sauf la tour Rabelais, quelques murailles, la chapelle Notre-Dame des Miracles et le logis abbatial. À partir de 1850, des propriétaires comme Bourières et Maujan réaménagent et transforment les vestiges, et font quelques fouilles. Puis les sœurs dominicaines s’installent sur le site de 1920 à 1958.

Ruines de l’abbaye de Saint-Maur © BNF

Redécouverte du patrimoine

En 1966, après l’abandon d’un projet immobilier de la Caisse des Dépôts, c’est la réalisation de la maison de retraite qui entraîne la destruction de nombreux vestiges de l’abbaye, et provoque des fouilles archéologiques. Celles-ci donnent naissance en 1973 à un chantier REMPART mené par la Société d’histoire et d’archéologie de Saint-Maur pour sauver et mettre en valeur les vestiges, classés Monument historique depuis 1988. Ce chantier bénévole a fêté ses cinquante ans et fonctionne toujours.

La Ville de Saint-Maur-des-Fossés, propriétaire des lieux, a aménagé le square puis le parc de l’abbaye, où les tracés du cloître et de l’ancienne abbatiale sont évoqués sous la forme de haies végétales et de plates-bandes.

Le chantier de jeunes REMPART vers 1980
Le chantier de jeunes REMPART vers 1980
Le vieux Saint-Maur
DR