Les premières fouilles

Le musée Bourières en 1878
Piérart

C’est en 1860 qu’Édouard Bourières entreprend les premières fouilles, découvre la crypte romane et crée un musée lapidaire. A part la découverte fortuite de trois statues-colonnes avant 1920 et celle de sépultures au fond de l’allée du square en 1933, il faut attendre 1958 pour que des sondages menés sous la direction du conservateur du musée localisent l’église abbatiale, permettant de faire échec à un projet de logements de la Caisse des Dépôts.

Une fouille dans la chapelle Notre-Dame des Miracles, en 1978 met au jour le carrelage de terre cuite vernissée du Moyen Âge.
© Laboratoire d’Archéologie, CG94
En 1966, les fouilles de sauvetage avant la construction de la maison de retraite mettent au jour les cuisines de l’abbaye. Les élévations de mur ainsi que le sol et l’aire de cuisson sont conservés et permettent l’identification de cette pièce.
© Le Vieux Saint-Maur

En 1966, la construction de la maison de retraite de l’abbaye conduit la Société d’histoire et d’archéologie à mener des fouilles de sauvetage qui amènent la découverte du cimetière des moines, des cusines médiévales et du pavement émaillé de l’abbatiale.

L’année 1978 marque les premières interventions du Service archéologique du Val-de-Marne avec la fouille de la nef de la chapelle Notre-Dame des Miracles. Dix ans plus tard, des sondages d’évaluation du potentiel archéologique du site sont dirigés par David-John Coxall. Ils amènent la découverte de 600 fragments de vitrail carolingien.

Les fouilles archéologiques en 2020-2021

Au préalable à l’extension de bâtiments de la maison de retraite construite dans l’emprise de l’abbaye de Saint-Maur-des-Fossés, une fouille archéologique a été dirigée, en 2020-2021, par le service Archéologie, en collaboration avec l’Inrap.

La fouille et l’étude des vestiges sont ainsi l’occasion de faire un bilan scientifique des opérations et informations archéologiques mais aussi d’une mise en valeur de ce site.

Le site a ainsi été exploré, mis en valeur et étudié par des « érudits », des associations puis des archéologues professionnels. Les menaces de destruction par des aménagements permettent de révéler de nouveaux vestiges. Un cimetière et de très nombreuses sépultures sont fouillés, les archéologues découvrent des bâtiments inconnus par les textes et les plans anciens. Ces interventions archéologiques ont redécouvert l’abbaye en mettant au jour ces fondations et en révélant les évolutions, les constructions mais aussi les destructions et reconstructions. Les fouilles se sont souvent concentrées sur l’église abbatiale et la chapelle Notre-Dame-des-Miracles, dont les « ruines » attirent les chercheurs. Plusieurs dizaines d’interventions archéologiques sur le site de l’abbaye, correspondant à des découvertes, sondages, diagnostics et fouilles de sauvetage, programmées et préventives esquissent en un site l’histoire de la discipline archéologique. L’abbaye est de fondation mérovingienne mais malgré les nombreuses interventions, aucun niveau ou vestige de cette époque n’a encore pu être mis au jour.

La fouille de 2020-2021 est une opération de fouille d’archéologie préventive permettant la conservation d’un site par sa documentation scientifique. La fouille devait préciser la chronologie, caractériser les vestiges, les organisations spatiales, les statuts et les activités, l’évolution et les phases de transition afin d’expliciter les modalités d’occupation de l’abbaye de la période médiévale à moderne. L’importance des vestiges mis au jour a réorienté les objectifs scientifiques vers la compréhension des aménagements hydrauliques, la structuration spatiale de l’abbaye et les modifications du paysage, notamment la topographie.

En effet, la fouille a révélé un imposant mur contre un talus artificiel bordant un bras en eau, stagnante. Cet aménagement, du début du 9e siècle, est complété de pieux en bois et d’un autre mur de berge.

  • Lors d’un diagnostic archéologique en 2015 dans l’actuelle Villa Bourières, l’entrée de la galerie du cloître vers le cellier a été découverte. Deux marches et les piédroits sont conservés
    © L. Gohin, CD94
  • Lors du même diagnostic, une autre entrée a été mise au jour. Le sol de la galerie du cloître est composé d’une grande dalle calcaire. Une dalle matérialise le seuil supportant un piédroit.
    © L. Gohin, CD94
  • Lors d’un diagnostic en 2015, des sondages ont mis en évidence le pied de la Tour Rabelais et ainsi revu son mode de construction supposé. Une partie du fossé a pu être observée (où se trouve l’escabeau). Des sépultures carolingiennes ont également été découvertes.
    © L. Gohin, CD94
  • Dans ce sondage entre le fossé et le pied de la Tour Rabelais, une partie du terrain naturel était conservée et a permis la découverte de trois sépultures. La sépulture la plus au nord a été coupée par la construction de la Tour Rabelais. Une analyse par le carbone 14 de la sépulture la plus au sud a fourni des datations entre le 9e et le 10e siècle, soit la période carolingienne.
    © L. Gohin, CD94
  • Résultat d’analyse de la sépulture SP 1001, par le Centre de Datation par le Radiocarbone.
  • un sondage archéologique, exclusivement manuel, a révélé le sol d’origine de la Tour. 1 m plus profond que le sol actuel, il est constitué de dalles calcaires.
    © L. Gohin, CD94
  • En 1966, les fouilles de sauvetage avant la construction de la maison de retraite mettent au jour les cuisines de l’abbaye. Les élévations de mur ainsi que le sol et l’aire de cuisson sont conservés et permettent l’identification de cette pièce.
    © Le Vieux Saint-Maur
  • Une fouille dans la chapelle Notre-Dame des Miracles, en 1978 met au jour le carrelage de terre cuite vernissée du Moyen Âge.
    © Laboratoire d’Archéologie, CG94
  • Un mur, au centre, et sa préparation de sol, à gauche sont les seuls vestiges de ce bâtiment construit et détruit au 14e siècle. À droite un caniveau, de la même période, était enfoui à l’origine.
    © L. Gohin, CD94
  • La maçonnerie d’un mur, dont l’extrémité est constituée d’un enrochement (à gauche), est en cours de fouille à la pelle mécanique. Le fond de fouille est 6 m plus bas que la surface, soit plus bas que le niveau de la Marne à 150 m au nord, expliquant les remontées d’eau mais aussi la conservation de pieux en bois. Les fers à béton indiquent l’emplacement des têtes de pieu émergeant. Des pompes à eau permettaient l’évacuation et la baisse du niveau d’eau au cours de la journée de travail.
    © L. Gohin, CD94
  • L’adduction d’eau monumentale, datée du 13e siècle
    Cet ouvrage, enfoui, mesure 3 m de haut et 1,50 m de large. Des remblais de carrière ont été apportés pour le recouvrir et niveler le terrain. Il est ainsi constitué de grandes dalles calcaires et son fond est aménagée de plaques calcaires. Les blocs calcaires présentent encore les traces d’outils d’origine.
    © L. Gohin, CD94
  • Le fond de l’adduction d’eau
    © L. Gohin, CD94
  • La fin de la fouille de la zone principale, fin février 2021
    À gauche (au sud), un mur massif, carolingien, est légèrement courbe et son extrémité (à l’ouest) est constitué d’un enrochement. Il faisait face à l’imposant mur contre le talus. Au fond, la grande coupe (avec ses paliers de sécurité) montre dans sa partie inférieure les niveaux de débordements de la Marne (de couleur sombre) jusqu’au 12e siècle. Les niveaux orangés supérieurs correspondent aux remblais du 13e siècle pour couvrir et enfouir l’adduction d’eau. Le décapage jusqu’à la découverte de vestige a été réalisée à la mini-pelle par un conducteur expérimenté en archéologie. La fouille est ensuite réalisée manuellement à la pelle, pioche et truelle.
    © Fabien Balestra, CD94
  • Ces fondations et préparations de sol dessinent le plan d’un bâtiment construit et détruit au 14e siècle. Il est construit immédiatement sur l’adduction d’eau du 13e siècle.
    © Fabien Balestra, CD94
  • Les vestiges médiévaux, modernes et contemporains s’entremêlent. Chacunes des couches et vestiges archéologiques sont numérotées et indiquées sur les étiquettes blanches. Tous ces vestiges sont décrits et enregistrées.
    © L. Gohin, CD94

Au cours du 9e -10e siècles, cet espace se constitue en marais et cet espace sert de dépotoir. Au 12e siècle, des remblais, sans doute issus de carrières proches, sont apportés régulièrement jusqu’à remodeler le versant et le rehausser de plus de 3m. Un nouveau mur, à contreforts, est édifié et se superpose exactement au mur de talus, pourtant masqué. Au 13e siècle, une adduction d’eau monumentale maçonnée (aqueduc de 3 m de hauteur et 1,50 m de large) est construite et totalement enfouie sous une nouvelle phase de remblais. Sur ce nouveau terrain nivelé et assaini, 5 m plus haut que les niveaux d’origine, des caniveaux entièrement conservés et des vestiges de bâtiments, jusqu’ici inconnus, ont pu être découverts, datés des 13e et 14e siècles.

Ces bâtiments sont détruits au cours du 14e siècle et pourraient correspondre aux destructions de la Guerre de Cent Ans ou au changement d’occupation à la suite de celle-ci. Un mur d’enceinte est construit et clos cet espace qui devient le jardin de l’abbaye jusqu’à sa destruction au 18e siècle.

Un imposant mur de 4 m de haut, constitué de grandes dalles calcaires, s’adossait à un talus artificiel aménagé au 9e siècle. L’eau stagnait devant ce mur, elle ne circulait pas. L’ouverture centrale a été réalisée à la pelle mécanique afin d’étudier la construction du mur et du talus. Des « contreforts » de remblais ont été conservés par les archéologues pour maintenir cette maçonnerie et étudier la succession des couches archéologiques. Un mur du 12e siècle se superposait exactement à l’imposant mur carolingien. Il était doté de contreforts, soutenus durant la fouille par nos contreforts artificiels.
© P. Raymond, Inrap


Orthophotographie des grandes coupes de la fouille
L’étude de la succession des couches archéologiques, la stratigraphie, permet de caractériser ces niveaux (construction, occupation ou abandon) et de les dater les unes par rapport aux autres (en dessous est plus ancien, au-dessus est plus récent). Sur ce site des altitudes 32 m NGF à 37 m NGF, se condensent cinq siècles, du 9e au 14e siècle, de constructions, abandons, réaménagements, reconstructions et démolitions
© L. Gohin, CD94

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Orthophotographie zénithale de la fouille
© P. Raymond, Inrap, L. Gohin, CD94

Cette fouille d’archéologie préventive était donc une occasion unique d’explorer ce secteur de l’abbaye de Saint-Maur-des-Fossés. Le contexte hydraulique inédit, sur ce site, est ainsi propice à l’étude de l’environnement de ces occupations. Les vestiges carolingiens mettent en lumière les premiers siècles de l’abbaye et notamment son adaptation à son environnement jusqu’à remodeler la topographie et le paysage.